role

  • Etre conseiller communal de la majorité : pas une sinécure !

    NB du 08/12/2013 : cette page de mon blog est actuellement  la plus consultée : environ 1250  vues en novembre 2013. Je serais très intéressé que les lecteurs me donnent leur avis sur ce texte : ont-ils trouvé ce qu'ils cherchaient ? sont-ils d'accord ou pas ?... Le lecteur intéressé pourra également consulter mon livre qui approfondit ce sujet : voir http://hadelindebeer.skynetblogs.be/archive/2012/10/02/le-dessous-des-cartes-du-fonctionnement-democratique-communa.html . Une vidéo est également consultable ici. La plage "commentaires" est là pour vous. M'envoyer un email est également le bienvenu : hadelindebeer@skynet.be. Bonne lecture !

    Les élections se préparent et diverses personnes sont contactées ou se présentent spontanément pour être candidat conseiller ou conseillère communal (dans la suite du texte, on utilisera « conseiller » pour l’homme ou la femme). Mais à quoi au juste s’engagent-ils ? Quel est le rôle d’un conseiller communal non membre de l’exécutif[1] ?

    De manière générale, le conseiller communal a pour mission de veiller à ce que la commune offre aux citoyens des services qui satisfont leurs besoins et ce, de la manière la plus efficiente possible. Dans cette perspective, il a principalement pour rôle de :

    • donner à l’exécutif les moyens de travailler (vote du budget) ;
    • contrôler l’exécutif, notamment en contrôlant sa méthode de travail (vote des cahiers des charges) et les moyens qu’il utilise (vote des comptes) ;
    •  inciter l’exécutif à mettre en œuvre des actions nouvelles (motions) ou à utiliser des méthodes alternatives.

    A ces trois aspects, l'on peut ajouter un quatrième aspect, plus ambigu : la représentation des intérêts de ses électeurs. Certains estiment que le conseiller doit protéger les intérêts du groupe qu’il croit représenter. Ceci est très visible à travers les votes ethniques ou les listes de quartier[2]. Cette conception de la représentation se révèle néfaste dans la mesure où elle substitue des intérêts particuliers à l’intérêt général et où elle privilégie le rapport de force, souvent au détriment des plus faibles. Cette conception a néanmoins le mérite de rappeler que les intérêts sont divers et qu’il faut tous les prendre en considération lors de la prise des décisions.

    Enfin, le conseiller peut aussi assumer des tâches d’animation politique. Il est là pour porter la voix des électeurs qui ont approuvé un projet politique. Il est là pour expliquer comment une vision du monde se transforme en actions et, inversement, comment des actions répondent à une vision du monde.

     En conseil communal

     La première façon de porter tous ces rôles se fait en conseil communal. Le tableau ci-dessous présente les rôles de chacun en conseil communal.

    Rôle

    Majorité

    Opposition

    Donner des moyens à l'exécutif

    Oui

    Les conseillers sont sensés voter le budget préparé par le Collège.

    Non

    La minorité n’est « en principe » par d’accord avec la vision du monde de la majorité, donc refuse qu’elle ait les moyens de la réaliser.

    Contrôler l’exécutif

    Non[3]

    L’exécutif a besoin de travailler dans un climat de confiance, d’être soutenu par sa majorité. Les conseillers sont sensés soutenir l’exécutif, lui faire confiance. Tout « contrôle » peut être perçu comme de la défiance. Surtout si un conseiller d’un parti contrôle un échevin d’un autre parti : cela peut entraîner de la suspicion inter-parti.

    Oui

    La minorité doit  un peu jouer les trouble-fête et dénoncer les dépenses excessives, les petits abus, ce qu’elle estime être des erreurs de gestion.

    Notons qu’on parle d’un contrôle politique surtout et moins d’un contrôle légal ou de corruption, pour lequel d’autres instances existent.

    Inciter l’exécutif

    Oui, mais

    Il peut faire des propositions… dans la mesure où l’échevin en charge du dossier est d’accord. Sinon, l’intervention sera perçue comme une critique de l’échevin.

    Oui.

    Il doit régulièrement faire des propositions, pour tenter de modifier les actions de la majorité et essayer que les actions correspondent davantage à sa vision du monde.

    Représenter des intérêts particuliers

    Non sauf si / Oui mais

    Non, sauf si l’échevin est d’accord qu’on rappelle que tel groupe n’a pas été oublié.

    Oui mais

    Dans la mesure où des intérêts particuliers peuvent amener plus facilement à réaliser sa vision du monde.

    Animer politiquement

    Oui, mais

    Oui, si sa parole promeut la vision politique de l’ensemble[4] des partis en majorité.

    Oui

    Il s’agit de sa fonction principale : exprimer et ré-exprimer qu’une autre vision du monde est non seulement possible mais aussi préférable.[5]

    Quitte à être caricatural, pendant les réunions du conseil communal, le rôle d’un conseiller :

    ·         de la minorité est assez clair : il est là pour exprimer une autre vision du monde, pour proposer des alternatives et refuser les propositions politiques qui ne correspondent pas à son projet. Il est aussi là pour contrôler, le but du contrôle étant de montrer qu’en plus d’avoir une mauvaise vision, l’exécutif fait mal son travail. Bref, qu’aux prochaines élections, choisir la minorité, c’est la garantie de bénéficier de meilleures idées et de meilleurs représentants.  « Tout un programme ! » ;

    ·         de la majorité est clair aussi, mais nettement moins fourni et moins passionnant: il est là pour soutenir le collège, pour le valoriser, pour expliquer, à sa façon, comment le collège a bien mis en œuvre la vision du monde. Il ne propose quelque chose que si l’exécutif est d’accord. Il connaît ses votes à l’avance : toujours « pour ». Qui a dit « faire valoir » et « presse bouton » ? Il n’a pas même la possibilité d’aider à porter des projets… Tout au plus, certains conseillers, qui ont l’avantage d’être présents dans d'autres exécutifs (ASBL communales, intercommunales…) peuvent-ils évoquer le déroulement de leur mandat en conseil. Par conséquent, il ne faut pas espérer avoir souvent les honneurs de la presse[6].

    Le reste du temps

    Une question se pose : un conseiller ne peut-il pas aider l’exécutif ? Ne peut-il pas aider un échevin à monter un dossier, par exemple ? Examinons ceci en ajoutant une ligne au tableau...

    Rôle

    Majorité

    Opposition

    Aider un membre du collège

    Non,

    C’est, en principe, partiellement possible, mais, en pratique, irréalisable, voire non souhaitable, car :

    ·      le temps de réaction d’un conseiller n’est pas le même que celui d’un échevin et les dossiers ne peuvent attendre ;

    ·      un conseiller ne peut donner d’ordre à l’administration, ce qui le prive d’outils essentiels pour travailler convenablement ;

    ·      qui dit travail sur le même sujet dit possibilité de visions différentes, donc de conflit (pas deux coqs sur un même tas de fumier...).

    Non

    La minorité n’est, « en principe », par d’accord avec la vision du monde de la majorité et, donc, refuse d’aider le collège[7]. Ceci peut cependant être nuancé[8].

    Autrement dit, il est préférable que le conseiller n'essaie pas d’agir sur le même terrain que les échevins.

    Néanmoins le conseiller communal peut jouer un autre rôle. Ce rôle n'est cependant ni énorme ni facile.

    L'un des aspects les plus importants de ce rôle consiste à permettre au collège de prendre du recul. Le conseiller le remplit en participant aux différentes réunions de préparation[9] et en donnant son point de vue lors de l’analyse politique des dossiers ou des situations. Par des réflexions, la mise en évidence de signaux faibles, des témoignages, des analyses, etc., le conseiller aider le collège à « lever la tête du guidon » et à « voir les choses » différemment. Il peut aussi  lui proposer/suggérer des alternatives.

    En dehors des réunions de préparation, le conseiller peut également organiser/participer à des mises au vert. Ces rencontres permettent d'envisager la gestion communale à plus long terme. C’est à cette occasion que l’on peut revisiter les objectifs et les plans d’actions. C’est là aussi que le conseiller peut encourager le collège à tenir compte de l’un ou l’autre aspect qui lui tient à cœur. Néanmoins, cette démarche requiert la plus grande prudence. En effet, le conseiller doit veiller à soutenir d’abord le programme de la majorité, puis le programme de son parti[10]. Mais tout n’y est pas dit et de nouveaux aspects apparaissent souvent en cours de mandature. Concrètement, le conseiller peut découvrir qu’il est possible de réaliser tel objectif de manière plus environnementale, tel autre de manière plus sociale… Dans ce cas, le conseiller peut rédiger une petite note, la soumettre au groupe des conseillers du parti[11] et, si celui-ci est d'accord, la proposer au groupe de la majorité[12].

    Un autre aspect de ce rôle consiste à contribuer au bon fonctionnement du groupe de conseillers de la majorité. C'est un groupe humain, qui nécessite d’être géré comme tout groupe humain, afin qu'il puisse se construire, se nourrir et vivre. Le conseiller est un pion central et peut, par exemple, proposer des sujets de réflexion/discussion ou des activités : rencontre, balade, mise au vert.

    Et c’est probablement en dehors de l’aspect purement lié au fonctionnement de l’administration communale que le conseiller peut être le plus efficace. En effet, il sera sollicité pour représenter la commune dans des intercommunales, des asbl etc. C’est là qu’il pourra proposer de nouvelles idées, et s’il est administrateur, veiller à ce qu’elles s’appliquent. Mais, pour exaltant que cela puisse paraitre, il faut se souvenir que ce sont souvent des dossiers techniques, que les budgets manquent, qu’il y a d’autres administrateurs qui n’ont pas nécessairement la même idée de ce qu’il faut faire … Mais cela, c’est comme partout, c’est de la politique.

    Notez aussi que les premières années sont nécessaires pour apprendre le fonctionnement de tout ce qui entoure la fonction de conseiller.

    « Exister » en tant que conseiller communal de la majorité

    Pour rendre plus motivant son mandat, le conseiller communal de la majorité doit jouer finement et peut donc :

    ·         monter des projets que le collège ne compte pas monter lui-même, ce qui n’est pas aisé (il faut d'abord pouvoir  trouver un tel projet, puis être en mesure de le  gérer);

    ·         écrire des articles pour le bulletin communal;

    ·         proposer des procédures, des dossiers, (ce faisant, le conseiller peut se sentir reconnu comme un élément positif du système « majorité »).

     

    On peut conclure de ce qui précède qu’un conseiller de la majorité doit être une personne positive, qui valorise le collège, aide celui-ci à prendre du recul, en donnant son point de vue, et aide à faire fonctionner le groupe des conseillers de la majorité. Il produit donc peu de résultats concrets, sauf s’il gère un dossier dont ne s'occupent ni le collège, ni l’administration ou s’il s’investit dans des mandats dérivés. Il peut également faire de l’animation politique[13], avec plus de légitimité qu’un autre militant de son parti.



    [1] le collège.

    [2] Sur le territoire d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, on a connu une liste LLN, dont la philosophie était: « I want my money back »,

    [3] On parle ici d’un exécutif qui fonctionne normalement (rationnellement, honnêtement…).

    [4] Ce papier n’explore pas les nuances : il ne s’agit pas de se situer toujours au plus petit commun dénominateur, mais d’être suffisamment consensuel et de laisser la place à des nuances qui ne paraissent pas rédhibitoires.

    [5] On pare ici des dossiers politiques, pas des dossiers purement techniques, sans vision politique, que la minorité vote positivement. Ces dossiers font la majorité des points du Conseil, mais sont très rapidement passés.

    [6] La plupart du temps, quel que soit le sujet, quand le conseiller de la majorité s'exprime en conseil, ses propos ne sont pas repris dans la presse. La presse retient surtout les passes d’armes et reprend les mots des échevins, qui sont généralement plus précis que ceux des conseillers.

    [7] Ici encore, ce papier manque de nuance. On voit souvent des unions sacrées « pour la commune » « contre un ennemi extérieur ». Par ennemis extérieurs, on entend, par exemple, d'autres communes, en compétition pour obtenir des subsides, un centre sportif, des policiers…

    [8] Un conseiller de la minorité peut parfois aider un échevin en proposant une solution ou un projet. C’est rare, mais ça ne doit pas être exclu quand la démocratie fonctionne bien et que les rapports humains sont bons. Cela peut être un gage de bonne intégration et de future participation du groupe de la minorité…

    [9] A OLLN, la réunion de préparation du conseil (appelée « Calli ») rassemble la majorité entre la date de réception de l’ordre du jour du conseil et celle de la réunion du conseil. L’ordre du jour étant bouclé et les dossiers étant déjà en consultation, les conseillers n’ont plus d’influence sur les dossiers. Ils peuvent néanmoins encore influencer la présentation qui en sera faite.

    [10] Il faut d’abord  soutenir ce que les membres de son parti veulent. Mais ce dernier point est un peu théorique, car « les membres » sont en général très peu au fait des affaires communales.

    [11] A OLLN, les conseillers Ecolo se concertent environ tous les mois en réunion qui porte le nom de « G11 ».

    [12] A OLLN, c’est le Calli

    [13] Aller à la rencontre, faire remonter des préoccupations, organiser des réunions, participer à la vie locale…

     

  • Etre conseiller communal de la majorité : pas une sinécure !

    NB du 08/12/2013 : cette page de mon blog est actuellement  la plus consultée : environ 1250  vues en novembre 2013. Je serais très intéressé que les lecteurs me donnent leur avis sur ce texte : ont-ils trouvé ce qu'ils cherchaient ? sont-ils d'accord ou pas ?... Le lecteur intéressé pourra également consulter mon livre qui approfondit ce sujet : voir http://hadelindebeer.skynetblogs.be/archive/2012/10/02/le-dessous-des-cartes-du-fonctionnement-democratique-communa.html . Une vidéo est également consultable ici. La plage "commentaires" est là pour vous. M'envoyer un email est également le bienvenu : hadelindebeer@skynet.be. Bonne lecture !

    Les élections se préparent et diverses personnes sont contactées ou se présentent spontanément pour être candidat conseiller ou conseillère communal (dans la suite du texte, on utilisera « conseiller » pour l’homme ou la femme). Mais à quoi au juste s’engagent-ils ? Quel est le rôle d’un conseiller communal non membre de l’exécutif[1] ?

    De manière générale, le conseiller communal a pour mission de veiller à ce que la commune offre aux citoyens des services qui satisfont leurs besoins et ce, de la manière la plus efficiente possible. Dans cette perspective, il a principalement pour rôle de :

    • donner à l’exécutif les moyens de travailler (vote du budget) ;
    • contrôler l’exécutif, notamment en contrôlant sa méthode de travail (vote des cahiers des charges) et les moyens qu’il utilise (vote des comptes) ;
    •  inciter l’exécutif à mettre en œuvre des actions nouvelles (motions) ou à utiliser des méthodes alternatives.

    A ces trois aspects, l'on peut ajouter un quatrième aspect, plus ambigu : la représentation des intérêts de ses électeurs. Certains estiment que le conseiller doit protéger les intérêts du groupe qu’il croit représenter. Ceci est très visible à travers les votes ethniques ou les listes de quartier[2]. Cette conception de la représentation se révèle néfaste dans la mesure où elle substitue des intérêts particuliers à l’intérêt général et où elle privilégie le rapport de force, souvent au détriment des plus faibles. Cette conception a néanmoins le mérite de rappeler que les intérêts sont divers et qu’il faut tous les prendre en considération lors de la prise des décisions.

    Enfin, le conseiller peut aussi assumer des tâches d’animation politique. Il est là pour porter la voix des électeurs qui ont approuvé un projet politique. Il est là pour expliquer comment une vision du monde se transforme en actions et, inversement, comment des actions répondent à une vision du monde.

     En conseil communal

     La première façon de porter tous ces rôles se fait en conseil communal. Le tableau ci-dessous présente les rôles de chacun en conseil communal.

    Rôle

    Majorité

    Opposition

    Donner des moyens à l'exécutif

    Oui

    Les conseillers sont sensés voter le budget préparé par le Collège.

    Non

    La minorité n’est « en principe » par d’accord avec la vision du monde de la majorité, donc refuse qu’elle ait les moyens de la réaliser.

    Contrôler l’exécutif

    Non[3]

    L’exécutif a besoin de travailler dans un climat de confiance, d’être soutenu par sa majorité. Les conseillers sont sensés soutenir l’exécutif, lui faire confiance. Tout « contrôle » peut être perçu comme de la défiance. Surtout si un conseiller d’un parti contrôle un échevin d’un autre parti : cela peut entraîner de la suspicion inter-parti.

    Oui

    La minorité doit  un peu jouer les trouble-fête et dénoncer les dépenses excessives, les petits abus, ce qu’elle estime être des erreurs de gestion.

    Notons qu’on parle d’un contrôle politique surtout et moins d’un contrôle légal ou de corruption, pour lequel d’autres instances existent.

    Inciter l’exécutif

    Oui, mais

    Il peut faire des propositions… dans la mesure où l’échevin en charge du dossier est d’accord. Sinon, l’intervention sera perçue comme une critique de l’échevin.

    Oui.

    Il doit régulièrement faire des propositions, pour tenter de modifier les actions de la majorité et essayer que les actions correspondent davantage à sa vision du monde.

    Représenter des intérêts particuliers

    Non sauf si / Oui mais

    Non, sauf si l’échevin est d’accord qu’on rappelle que tel groupe n’a pas été oublié.

    Oui mais

    Dans la mesure où des intérêts particuliers peuvent amener plus facilement à réaliser sa vision du monde.

    Animer politiquement

    Oui, mais

    Oui, si sa parole promeut la vision politique de l’ensemble[4] des partis en majorité.

    Oui

    Il s’agit de sa fonction principale : exprimer et ré-exprimer qu’une autre vision du monde est non seulement possible mais aussi préférable.[5]

    Quitte à être caricatural, pendant les réunions du conseil communal, le rôle d’un conseiller :

    ·         de la minorité est assez clair : il est là pour exprimer une autre vision du monde, pour proposer des alternatives et refuser les propositions politiques qui ne correspondent pas à son projet. Il est aussi là pour contrôler, le but du contrôle étant de montrer qu’en plus d’avoir une mauvaise vision, l’exécutif fait mal son travail. Bref, qu’aux prochaines élections, choisir la minorité, c’est la garantie de bénéficier de meilleures idées et de meilleurs représentants.  « Tout un programme ! » ;

    ·         de la majorité est clair aussi, mais nettement moins fourni et moins passionnant: il est là pour soutenir le collège, pour le valoriser, pour expliquer, à sa façon, comment le collège a bien mis en œuvre la vision du monde. Il ne propose quelque chose que si l’exécutif est d’accord. Il connaît ses votes à l’avance : toujours « pour ». Qui a dit « faire valoir » et « presse bouton » ? Il n’a pas même la possibilité d’aider à porter des projets… Tout au plus, certains conseillers, qui ont l’avantage d’être présents dans d'autres exécutifs (ASBL communales, intercommunales…) peuvent-ils évoquer le déroulement de leur mandat en conseil. Par conséquent, il ne faut pas espérer avoir souvent les honneurs de la presse[6].

    Le reste du temps

    Une question se pose : un conseiller ne peut-il pas aider l’exécutif ? Ne peut-il pas aider un échevin à monter un dossier, par exemple ? Examinons ceci en ajoutant une ligne au tableau...

    Rôle

    Majorité

    Opposition

    Aider un membre du collège

    Non,

    C’est, en principe, partiellement possible, mais, en pratique, irréalisable, voire non souhaitable, car :

    ·      le temps de réaction d’un conseiller n’est pas le même que celui d’un échevin et les dossiers ne peuvent attendre ;

    ·      un conseiller ne peut donner d’ordre à l’administration, ce qui le prive d’outils essentiels pour travailler convenablement ;

    ·      qui dit travail sur le même sujet dit possibilité de visions différentes, donc de conflit (pas deux coqs sur un même tas de fumier...).

    Non

    La minorité n’est, « en principe », par d’accord avec la vision du monde de la majorité et, donc, refuse d’aider le collège[7]. Ceci peut cependant être nuancé[8].

    Autrement dit, il est préférable que le conseiller n'essaie pas d’agir sur le même terrain que les échevins.

    Néanmoins le conseiller communal peut jouer un autre rôle. Ce rôle n'est cependant ni énorme ni facile.

    L'un des aspects les plus importants de ce rôle consiste à permettre au collège de prendre du recul. Le conseiller le remplit en participant aux différentes réunions de préparation[9] et en donnant son point de vue lors de l’analyse politique des dossiers ou des situations. Par des réflexions, la mise en évidence de signaux faibles, des témoignages, des analyses, etc., le conseiller aider le collège à « lever la tête du guidon » et à « voir les choses » différemment. Il peut aussi  lui proposer/suggérer des alternatives.

    En dehors des réunions de préparation, le conseiller peut également organiser/participer à des mises au vert. Ces rencontres permettent d'envisager la gestion communale à plus long terme. C’est à cette occasion que l’on peut revisiter les objectifs et les plans d’actions. C’est là aussi que le conseiller peut encourager le collège à tenir compte de l’un ou l’autre aspect qui lui tient à cœur. Néanmoins, cette démarche requiert la plus grande prudence. En effet, le conseiller doit veiller à soutenir d’abord le programme de la majorité, puis le programme de son parti[10]. Mais tout n’y est pas dit et de nouveaux aspects apparaissent souvent en cours de mandature. Concrètement, le conseiller peut découvrir qu’il est possible de réaliser tel objectif de manière plus environnementale, tel autre de manière plus sociale… Dans ce cas, le conseiller peut rédiger une petite note, la soumettre au groupe des conseillers du parti[11] et, si celui-ci est d'accord, la proposer au groupe de la majorité[12].

    Un autre aspect de ce rôle consiste à contribuer au bon fonctionnement du groupe de conseillers de la majorité. C'est un groupe humain, qui nécessite d’être géré comme tout groupe humain, afin qu'il puisse se construire, se nourrir et vivre. Le conseiller est un pion central et peut, par exemple, proposer des sujets de réflexion/discussion ou des activités : rencontre, balade, mise au vert.

    Et c’est probablement en dehors de l’aspect purement lié au fonctionnement de l’administration communale que le conseiller peut être le plus efficace. En effet, il sera sollicité pour représenter la commune dans des intercommunales, des asbl etc. C’est là qu’il pourra proposer de nouvelles idées, et s’il est administrateur, veiller à ce qu’elles s’appliquent. Mais, pour exaltant que cela puisse paraitre, il faut se souvenir que ce sont souvent des dossiers techniques, que les budgets manquent, qu’il y a d’autres administrateurs qui n’ont pas nécessairement la même idée de ce qu’il faut faire … Mais cela, c’est comme partout, c’est de la politique.

    Notez aussi que les premières années sont nécessaires pour apprendre le fonctionnement de tout ce qui entoure la fonction de conseiller.

    « Exister » en tant que conseiller communal de la majorité

    Pour rendre plus motivant son mandat, le conseiller communal de la majorité doit jouer finement et peut donc :

    ·         monter des projets que le collège ne compte pas monter lui-même, ce qui n’est pas aisé (il faut d'abord pouvoir  trouver un tel projet, puis être en mesure de le  gérer);

    ·         écrire des articles pour le bulletin communal;

    ·         proposer des procédures, des dossiers, (ce faisant, le conseiller peut se sentir reconnu comme un élément positif du système « majorité »).

     

    On peut conclure de ce qui précède qu’un conseiller de la majorité doit être une personne positive, qui valorise le collège, aide celui-ci à prendre du recul, en donnant son point de vue, et aide à faire fonctionner le groupe des conseillers de la majorité. Il produit donc peu de résultats concrets, sauf s’il gère un dossier dont ne s'occupent ni le collège, ni l’administration ou s’il s’investit dans des mandats dérivés. Il peut également faire de l’animation politique[13], avec plus de légitimité qu’un autre militant de son parti.



    [1] le collège.

    [2] Sur le territoire d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, on a connu une liste LLN, dont la philosophie était: « I want my money back »,

    [3] On parle ici d’un exécutif qui fonctionne normalement (rationnellement, honnêtement…).

    [4] Ce papier n’explore pas les nuances : il ne s’agit pas de se situer toujours au plus petit commun dénominateur, mais d’être suffisamment consensuel et de laisser la place à des nuances qui ne paraissent pas rédhibitoires.

    [5] On pare ici des dossiers politiques, pas des dossiers purement techniques, sans vision politique, que la minorité vote positivement. Ces dossiers font la majorité des points du Conseil, mais sont très rapidement passés.

    [6] La plupart du temps, quel que soit le sujet, quand le conseiller de la majorité s'exprime en conseil, ses propos ne sont pas repris dans la presse. La presse retient surtout les passes d’armes et reprend les mots des échevins, qui sont généralement plus précis que ceux des conseillers.

    [7] Ici encore, ce papier manque de nuance. On voit souvent des unions sacrées « pour la commune » « contre un ennemi extérieur ». Par ennemis extérieurs, on entend, par exemple, d'autres communes, en compétition pour obtenir des subsides, un centre sportif, des policiers…

    [8] Un conseiller de la minorité peut parfois aider un échevin en proposant une solution ou un projet. C’est rare, mais ça ne doit pas être exclu quand la démocratie fonctionne bien et que les rapports humains sont bons. Cela peut être un gage de bonne intégration et de future participation du groupe de la minorité…

    [9] A OLLN, la réunion de préparation du conseil (appelée « Calli ») rassemble la majorité entre la date de réception de l’ordre du jour du conseil et celle de la réunion du conseil. L’ordre du jour étant bouclé et les dossiers étant déjà en consultation, les conseillers n’ont plus d’influence sur les dossiers. Ils peuvent néanmoins encore influencer la présentation qui en sera faite.

    [10] Il faut d’abord  soutenir ce que les membres de son parti veulent. Mais ce dernier point est un peu théorique, car « les membres » sont en général très peu au fait des affaires communales.

    [11] A OLLN, les conseillers Ecolo se concertent environ tous les mois en réunion qui porte le nom de « G11 ».

    [12] A OLLN, c’est le Calli

    [13] Aller à la rencontre, faire remonter des préoccupations, organiser des réunions, participer à la vie locale…