politique

  • Politiciens : on vous demande d'être égoïste !

    Certains électeurs demandent aux politiciens d’être égoïstes

    A propos des enjeux de la commune dans les années qui viennent, une personne que j’appellerai TM écrit à Ecolo. Il estime que quelques « Ecolo-bobo immatures » s’accaparent l’espace de sa rue et réduisent sa qualité de vie.

    « a) Pendant plus de 50 ans les bus ont circule à moins de la vitesse permise (50Km/h) rue de la Chapelle et il n'y a pas eu d'accident ... dès que les "ecolo" se sont installés et ont  colonisé la rue la rendant "zone à basse vitesse", ils voudraient faire un ghetto, soi-disant pour protéger les enfants et les vélos... qu'est-ce qui se passe ... les "ecolo" ne savent pas élever leurs enfants à respecter ? Les habitants anciens l'ont toujours fait et leurs enfants n'ont jamais eu d'accident. b) Les utilisateurs des vélos, surtout les "bobos ado-quadragénaires", circulent sur des vélos sans avertisseurs sonores, sans lumières, sans plaques, etc. car ils disent être "les utilisateurs faibles" ???? les utilisateurs faibles sont les piétons (personnes âgées, les mamans avec des poussettes, les personnes handicapés, les enfants) et non ces "adolescents quadragénaires immatures". c) La ligne 31 doit au moins desservir l'esplanade car c'est la première ligne qui dessert les différents quartiers, dans ce cas-ci aussi des "bobos" ont fait varier le parcours à L.L.N. pour arriver "plus tôt" à Ottignies mais .... ils ont la SNCB à L.L.N. ? Incompréhensible. »

    Ce faisant, TM se met clairement en position de vie +/- : « moi je suis bien, les autres sont des salopards ». Dans cette position, on est en colère et on cherche à abattre l’autre, on ne cherche pas à trouver une solution « gagnant-gagnant ». (https://analysetransactionnelle.fr/les-concepts-de-base/les-positions-de-vie/)

    Je tente de le ramener en « +/+ », là des accords peuvent se nouer. Et je tente également que la réflexion peut dépasser le cadre restreint de sa rue.

    « Nous ne pensons pas que certains ont plus raison que d'autres. Nous ne voulons donc pas donner raison à certains et pas à d'autres. Nous pensons que c'est une erreur de qualifier certains de "ecolo-machin". Il devrait y avoir de la place et du respect pour tous.
    Ramener tous les enjeux du futur de tout Ottignies-LLN à la rue de la Chapelle et au bus 31 nous semble erroné.
    Par contre, il y a un souci à la rue de la Chapelle. Certains veulent ceci, d'autres veulent cela. Et si on essayait de trouver la meilleure solution possible : et une rue agréable, et le bus qui passe ? Bien sûr nous attendons que chacun y mette du sien, et que personne ne reste campé sur ses positions. »

    A ce moment, TM me (nous) demande de trouver une solution, lui se désengage et veut rester sur ses positions.

    « A vous oui, pas à nous qui subissons maintenant les, comme vous dites, "ecolo-machin". "Res non verba". »

    Je tente de lui montrer qu’on peut difficilement cataloguer le monde en deux : les personnes vertueuses et les autres. On fait tous subir des choses désagréables à d’autres. Et je retente de voir large.

    « Par ailleurs nous vous souhaitons d'aussi regarder le monde dans son ensemble. Les pauvres du Bangladesh subissent les impacts des gaz à effet de serre émis par les européens, Ecolos ou pas. Il faut aussi se préoccuper et agir sur des enjeux qui dépassent notre rue, non ? »

    C’est alors çà ce moment que TM nous demande d’être égoïste, veiller d’abord à la satisfaction de nos intérêts, même si c’est au détriment des autres :

    « Ohhhh la prêche maintenant .....Si des politiques sont élus à ottignies-L.L.N. ils doivent se préoccuper de leur commune ... sinon gagnez votre traitement en demandant de l'argent, comme vous avez mis, à ceux du Bangladesh. Et ne me répondez pas en disant que je suis égoïste. Attendez d'être ministre des relations Extérieures pour vous occuper de déshérités des autres pays ou fait-le à titre personnel. »

    Dans sa réponse, on voit également qu’il refuse catégoriquement d’envisager qu’il aurait une responsabilité dans le bonheur ou le malheur des autres. Lui et les élus doivent d’abord se préoccuper de son bonheur.

    Je lui marque la différence :
    « Nous, écologistes, essayons de tenir compte de tous pour que le bonheur de certains ne fasse pas le malheur des autres. Nous pensons notamment qu'il faut réduire son empreinte écologique pour sauvegarder une vie authentiquement humaine pour ici, pour là-bas et pour les générations futures (dérivé de Hans Jonas).
    En général, et y compris à la Rue de la Chapelle.
    Non ?
     »

    Il répond :

    « Non, il faut d'abord que les élus fassent le travail pour lequel ils sont rémunérés et ont demandé à être élus. Tout travail rémunéré doit être accompli avant de demander autre chose, c'est ça qu'on demande aux travailleurs ... n'est-ce pas ?. »

    Je tente de lui montrer que tous ne pensent pas comme lui :

    « oui, mais vous allez être surpris : beaucoup d'électeurs nous demandent d'être solidaire. De ne pas construire un monde bon pour eux et mauvais pour les autres.
    Vous aimeriez qu'on fasse votre bonheur avec le malheur des autres ?
    NB : quand j'ai été candidat, j'ai toujours dit (à mes électeurs) que je penserais au monde, aux plus vulnérables avant le bonheur des plus nantis. Et remarquez, j'ai été élu. Et dans ceux qui ont voté pour moi, il y a des nantis. Comme quoi, même des nantis peuvent être généreux, le contraire de égoïste. »

    TM réfute et répète ses vérités comme si elles étaient universelles. Il y ajoute un élément intéressant : le bonheur de chacun ne dépend que de lui-même, de ses efforts. A contrario, si certains sont malheureux, c’est de leur faute et il ne faut surtout pas qu’on retire de l’argent de ceux qui l’ont mérité pour le donner à d’autres car ce serait injuste.

    « Ouhh là, d'accord que vos nantis le fassent de leur poche et non de la poche de la commune (et j'inclus l'argent des paiements des politiciens communaux car ce temps doit être dédié à O.L.L.N.). Et comme je pense que je perds mon temps avec vos générosités en utilisant l'argent communal j'arrête mes réponses. Passez une bonne nuit en étant solidaire en utilisant l'argent des autres. Et arrêtez de penser comme un religieux : "ahhhh vous avec le bonheur sur le malheur des autres" ... non j'ai le bonheur -à mon niveau- par ma pensée et mes efforts et non sur les dos des électeurs ni de l'argent des habitants d'autres contrées. »

    Remarquons qu’en début de conversation, TM attribuait son malheur (à la rue de la Chapelle) à d’autres (les Ecolo-bobo-immatures). Par rapport au bonheur, on peut synthétiser la pensée de TM ainsi : « quand je suis heureux, c’est grâce à moi, quand je suis malheureux, c’est à cause des autres. »

     

    Pour TM, l’égoïsme serait donc la meilleure façon de gérer l’intérêt collectif, et les politiciens se doivent donc d’être égoïstes, pas pour eux mais pour leurs concitoyens.

     

    Faut-il le dire, mes valeurs sont en frontale opposition face à un tel raisonnement.

     

    Mon opposition ne se limite pas aux valeurs. Si un politicien veut « bien » faire les choses en appliquant la méthode de l’égoïsme, il se trouvera rapidement devant une difficulté : comment choisir entre deux actions ? Rue de la Chapelle par exemple : la route doit être rénovée, la rénovation peut faire plus de place pour les enfants et les riverains ou faire plus de place pour les voitures et le bus. Selon la théorie de l’égoïsme maximal, comment choisir ? Prendre le projet le moins cher ? Mais si beaucoup de riverains veulent « égoïstement » une rue lente ? Prendre ce qui facilite la circulation du bus ? Mais si beaucoup de riverains ont une voiture et n’en ont rien à faire du bus ? Prendre le projet qui rend la rue plus conviviale ? mais si beaucoup de riverains ne se préoccupent pas de cet aspect ?

     

    Avec l’approche de l’égoïsme maximal, on en arrive vite à ce que l’ensemble de la société soit moins heureuse. Au contraire, avec l’approche du plus grand bonheur moyen (Jérémy Bentham), on réalise les projets qui augmentent le plus le bonheur. A cette approche du plus grand bonheur moyen, il faut mettre des garde-fous éthiques : il est inacceptable de sacrifier totalement le bonheur d’une minorité même si c’est pour augmenter globalement le bonheur. Les garde-fous éthiques sont notamment les droits de l’humain. Ce à quoi Hans Jonas a ajouté le principe responsabilité : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. Agis de façon que les effets de ton action ne soient pas destructeurs pour la possibilité future d’une telle vie. Ne compromets pas les conditions pour la survie indéfinie de l’humanité sur terre. Inclus dans ton choix actuel l’intégralité future de l’Homme comme objet secondaire de ton vouloir » (Jonas Hans J., 1990, Le principe responsabilité, pp 30-31, paru en Allemand en 1979).

     

  • Petite violence politique ordinaire

    La politique, chacun s’en fait son idée. Beaucoup la conçoivent comme une grande lutte de pouvoir, avec comme instrument pour gagner le « rapport de force » qui se crée avec les élections.

    Si la lutte se déroulait purement ainsi, ce serait à la fois simple et assez courtois : chacun constaterait par exemple que le parti A à 20% et le parti B à 30% et que donc :

    • si A peut accéder à deux postes, B en a alors droit à 3 ;
    • si A gagne 2 dossiers, B a le droit d’en gagner 3 ;
    • et ainsi de suite

    Il n’y a là aucune violence, rien qu’une mathématique bien huilée… Mon expérience est que cette description est assez idyllique ! Laissez-moi vous raconter une histoire dont j’ai été le témoin.

    Nous, déléguées des communes, sommes à une assemblée générale d’une intercommunale de distribution d'un fluide. Rien de bien croustillant à cette assemblée : il est prévu de présenter les rapports de gestion de l’année écoulée. Nous allons les écouter bien gentiment et sans surprise car les rapports sont imprimés. Il est ensuite prévu que nous votions les rémunérations des administrateurs et des commissaires aux comptes. Et enfin, nous allons choisir entre nous les administrateurs et les commissaires aux comptes.

    Je suis assis près d’une personne, appelons-le Gontran, qui provient d’une petite commune flamande. Je l’ai rencontré dans le Collège des commissaires aux comptes. Nous y avons tous les deux été appelés suite aux élections communales de 2012. En effet, des personnes qui étaient commissaires n’ont pas été réélues, et l’intercommunale a fait appel aux suppléants. Nous avons donc siégé de novembre 2012 à juin 2013, et nous avons touché pour cela des jetons de présence qui nous ont rapporté de l’ordre de 1000 EUR. L’ambiance était bonne, et le contenu des réunions était intéressant. Bref, l’envie de continuer était présente.

    Gontran se dit que plutôt que d’être commissaire, il deviendrait plutôt administrateur. Il contacte en séance deux autres délégués issus chacun d’une commune et convient avec eux qu’il votera pour eux en échange de leurs votes pour lui. Les bulletins sont distribués. C’est à ce moment qu’il constate qu’en fait les communes n’ont pas le même poids électoral. Pour des raisons en partie historiques, en partie de taille, certaines communes ont neufs parts alors que sa commune n’en a qu’une ! Concrètement, il reçoit un bulletin, alors que d’autres en reçoivent 9. Sur le bulletin chaque délégué peut cocher 3 noms différents, et pour être élu il faut arriver à 20 voix. Le temps passe vite, Gontran doit remettre son bulletin. Le temps du dépouillement, Gontran constate qu’il a choisi deux autres communes à une voix. Il s’est donc garanti 3 voix… Il constate aussi que deux commues ont chacune 9 voix, et que si elles s’associent à deux, la messe est déjà quasiment dite. Il se tasse sur sa chaise… les votes sont annoncés : il a deux voix. Il se tasse un peu plus : trahison !

    Il reporte ses espoirs sur un poste de commissaire. Mais comment faire ? Toutes les petites communes pourraient ensemble battre les deux grosses, mais pour cela il faut que les 20 communes s’associent et désignent entre elles deux personnes (il y a deux postes), alors que les 20 veulent le poste. Commet se départager ? Comment convaincre ? Que donner en échange ? Est-ce que tout n’a pas déjà été joué à l’avance ? Gontran tente l’un ou l’autre rapprochement, mais sans vigueur. Il est de ceux qui découvrent les règles du jeu en cours de route, et qui comprennent qu’une stratégie simple et basée sur la bonté, la bonne foi et la sympathie risque de ne pas être gagnante. Gontran se tasse une troisième fois. Il remet son bulletin. Le dépouillement est rapide, il a trois voix. Adieu statut, adieu jetons, retour du « simple petit conseiller communal qui n’est que cela. »

    Gontran me dit « c’est quand-même dégueulasse, c’est pourri, je suis dégouté. » Gontran n’avait pas demandé grand-chose par le passé, il avait accédé à un poste sans devoir batailler. Il pensait que tout allait se dérouler ainsi pour la suite. Eh non, Gontran ! Il fallait approfondir les règles du jeu, il fallait mettre au point une stratégie, puis négocier et ce bien avant la tenue de l’assemblée. La négociation aurait pu porter sur le contenu du poste ("je m’engage à défendre tel ou tel point de vue") ou être du donnant-donnant ("je m’engage à n’occuper le poste que pendant 3 ans" / "vous aurez tel autre poste dans une autre institution"…) ou encore porter sur un équilibre politique ("je suis de tel groupe politique et je veille à ce que mon parti donne l’ordre à tous de voter pour moi"). Comme les chances de ne pas aboutir étaient grandes, Gontran aurait pu s’en servir pour montrer son désappointement, pour qu’à l’avenir, certains se sentent en dette vis à vis de lui. Il n’a rien fait de tout cela, et il repart simplement, victime d’un fonctionnement politique ordinaire, ce qui lui apparait comme une violence.

    Je le comprends d’autant mieux, Gontran, que cela m’est arrivé 6 ans plus tôt que lui. Quatre communes wallonnes pouvaient envoyer deux administrateurs et un commissaire. Trois communes s’étaient arrangées pour avoir chacune un poste. Je le découvre en séance. Je râle sec. Je m’en fais une raison et me dis que je ferai mieux la prochaine fois. Je préviens mon parti deux ans avant le renouvellement des postes, pour que ceux-ci tombent dans l’escarcelle des postes à se répartir selon un rapport de force électoral global. Mais voilà qu’après les élections, mon parti n’est pas appelé à négocier, et est mis dans l’opposition. Je contacte alors le gros bras local, avec qui j’avais bien travaillé dans une autre intercommunale en lui disant que refaire le coup serait injuste et que ma commune a droit cette fois à un poste, ou au moins conserver le poste dans l’autre intercommunale. Il me dit « OK ». Le jour de l’assemblée, il vient vers moi et s’excuse en disant qu’il m’avait promis quelque chose qu’il ne savait pas tenir. Je lui montre mon mécontentement. Il me promet que pour l’autre poste, il fera tout son possible. Je l’ai vu faire tout son possible, mais le parti qui aurait dû perdre son poste à mon profit a brandi un décret qui lui donnait le poste de droit. Cette-fois-ci, je ne le vis pas comme une violence, mais comme une situation dans laquelle je n’ai pas pu disposer d’un rapport de force suffisant.

    Gontran a certainement plus mal dormi que moi. C’est regrettable. Comment faire pour que Gontran et tous les autres qui agissent en politique puissent ne pas vivre ces interactions politiques comme des violences ? Je me pose la question.

  • Le dessous des cartes du fonctionnement démocratique communal

    Des lois, décrets et circulaires ministérielles fixent le fonctionnement démocratique local. Ces textes expliquent comment se votent des règlements communaux et comment les conseillers communaux contrôlent l’action du Collège – le gouvernement local. C’est le dessus des cartes.

    Mais au-delà de ces textes, il y a un fonctionnement réel, avec des règles implicites. C’est le dessous des cartes.

    Le livre "Vie politique, vraie vie ?", que j’ai écrit, explique ce dessous des cartes de façon très simple et imagée. Et une autre question traverse ce livre : à force d'être dans ce monde politique, ne perd-on pas le contact avec la réalité ?

    Vous trouverez ci-dessous la couverture et la 4° de couverture.

     

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    Je serai très heureux de lire vos commentaires.

     

  • la fidélité ... en politique

    Voici une lettre écrite à une voisine après une discussion avec elle.

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    Chère voisine,

    Après que nous ayons passé du temps ensemble à parler d’un peu de tout, et notamment de politique communale, vous avez conclu l’entretien en disant que vous étiez fidèle. Je l’ai compris comme « bien que j’ai été intéressée, je resterai fidèle au parti (catholique) ».

    Ceci m’a beaucoup fait réfléchir.

    Je me suis demandé ce qu’était la fidélité.

    Etre fidèle à Dieu, c’est de poursuivre sa foi. Etre fidèle à son époux, c’est de n’avoir des relations maritales qu’avec lui. Etre fidèle à ses enfants, c’est plus complexe car plusieurs éléments entrent dans cette motion : la disponibilité, l’accueil, l’amour inconditionnel. Etre fidèle à ses amis, c’est être là, c’est perpétuer l’amitié. On peut aussi être fidèle à son employeur et à des commerçants : c’est considérer qu’au-delà de la transaction financière, il y a une relation humaine que l’on trouve importante et que l’on veut poursuivre.

    Il y a aussi une fidélité à des marques (Nike …) ou à des enseignes (Delhaize, Véritas …) : « j’ai toujours été acheter mes boutons chez Véritas, je lui reste fidèle ». Même si les vendeurs et vendeuses changent et qu’on ne les connait pas ? Cette fidélité est plus proche de l’habitude et de la répétition.

    La fidélité politique peut combiner à la fois les personnes et les idées. Etre fidèle à ses idées, ce n’est pas conserver ses opinions identiques pendant toute sa vie adulte, car faire cela indiquerait qu’on ne profite pas de l’expérience accumulée et qu’on ne tient pas compte du monde qui change. Etre fidèle à ses idées, c’est conserver à travers le temps ses valeurs et ses lignes directrices, et c’est chercher à les appliquer en tenant compte des circonstances. Par exemple : j’ai comme valeur la participation, comme ligne directrice le partage du pouvoir ==> que ce soit pour des travaux, pour l’urbanisme, pour la fiscalité ou pour la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, je vais mettre tout en œuvre pour :

    •  informer les personnes concernées ;
    • leur donner la parole avant de prendre les décisions ;
    • expliquer en quoi et pourquoi j’ai tenu compte ou non de leur avis (si la décision me revient) ;
    • leur proposer de participer à la mise en œuvre.

    Imaginez que depuis longtemps vous votiez pour moi : vous me seriez fidèle. Mais si moi je n’étais pas fidèle à mes idées ? Je ne serais pas fidèle à moi-même.

    Je retourne donc la question : En quoi est-ce que moi je peux vous être fidèle, le « vous » vous concerne personnellement ainsi que tous les électeurs qui portent leur voix sur moi ? C’est être fidèle à mes idées, à mes engagements, à mes valeurs. C’est aussi tenter d’appliquer le programme en tenant compte du monde changeant.

    Si vous êtes fidèle à un parti, mais que les candidats sont peu fidèles, il me semble y avoir un problème.

    Dans chaque parti, la majorité des candidats sont des personnes bien et fidèles. Ces personnes restent fidèles à leurs idées et tentent de les réaliser. La fidélité de l’électrice que vous êtes, ce n’est pas de poursuivre l’habitude de vote, très approximative par ailleurs puisqu’il n’y a plus de parti catholique. Votre fidélité, c’est d’être fidèle vous aussi à vos idées et vos valeurs. Et si vous estimez que je peux représenter vos idées et vos valeurs, et que j’y serai fidèle, il me semble que voter pour moi, même si c’est nouveau, est aussi une sorte de fidélité !

    Je vous remercie pour l‘opportunité que vous m’avez donné de réfléchir à la fidélité, et vous prie de croire en mes cordiales salutations.

    Hadelin de Beer

     

  • la politique et vous, et moi

    Au Conseil communal du 29 mai 2012, à OLLN, un des premiers points portait sur « le cadre ». Non pas qu’il s’agisse d’un encadrement ancien ou spécial d’une gravure rustique, qui vaudrait son pesant d’or ou de symbole. Pas du tout. Lorsqu’on parle du « cadre », on évoque le nombre et la qualification des personnes qui peuvent être engagées comme statutaire. Les autres personnes qui travaillent pour la commune ne sont pas sous statut mais sous contrat, comme un ouvrier ou un employé dans une firme privée.

    Petit rappel : les statutaires bénéficient de droits spéciaux, car on a estimé que les employés communaux devaient faire leur travail en toute indépendance, et le statut est sensé les protéger d’une influence politicienne.

    Elément de contexte : les statutaires coûtent plus cher que les contractuels au budget communal, surtout si les contractuels engagés bénéficient de réduction de charges patronales. La Ville (comme beaucoup de villes et communes) a engagé beaucoup de contractuels car la Région wallonne, pour résoudre le chômage et pour aider les communes, a donné beaucoup de subsides depuis les années 80, pour engager des contractuels. Les subsides s’appelaient des « points APE ». Pour OLLN, la proportion de statutaire est d’environ 30%, et par voie de conséquence, les contractuels sont 70%.

    Donc le cadre était à l’ordre du jour. Le Bourgmestre expose le point. En résumé, il explique les nouveaux postes créés, suite à l’audit administratif. Les postes permettront, dit-il, un meilleur fonctionnement de l’administration. Il annonce aussi pour les années à venir, de futures augmentations du cadre, car la région souhaite que la proportion de statutaires croisse. Ceci aura progressivement un effet sur les finances communales, car cela reviendra à recevoir moins de subsides par emploi.

    Là-dessus, le conseiller Otlet expose ses vues : en substance :

    ·         En 1996, lorsque j’étais bourgmestre depuis 2 ans, j’ai refait un nouveau cadre. Qu’avez-vous fait depuis ? rien. Vous proposez 3 personnes en plus au cadre, et quelques changements. Comme si la Ville n’avait pas évolué. Vous manquez d’ambition

    ·         Vous laissez 70% des agents hors statut, moi je leur donnerais un vrai emploi et un vrai statut

    ·         Quand moi j’étais au pouvoir, j’ai vraiment redynamisé cette commune. Vous n’êtes pas capables de faire les choses correctement.

    Je lui ai répondu en deux temps.

    ·         « Dans le fond, que nous dites-vous Mr Otlet ? Que dans le monde il y a deux sortes de personnes : les supérieures, celles qui font toujours tout mieux que tout le monde, et les autres, un peu sottes. A vous entendre, nous, la majorité, faisons partie de cette deuxième catégorie. Nous en prenons bonne note ».

    ·         « Nous, les sots, avons le plaisir de vous dire que nous gérons si mal la Ville que Test-Achats nous classe dans les 3 meilleures administrations communales et que les citoyens nous expriment leur satisfaction de leurs contacts avec l’administration. Nous avons développé tout un travail de formation des fonctionnaires. Et tout cela en allant chercher les moyens pour que tout se fasse avec la fiscalité la plus basse possible, et nous sommes dans la moyenne basse de la fiscalité du Brabant wallon et de la Wallonie ».

     

    Que retenir de cette histoire ?

    1° Très souvent, Mr Otlet s’est positionné comme une personne supérieure aux autres. « Moi, ça va, mais les autres, ils sont quand même moins bien ». En analyse transactionnelle, on dit qu’il se place en « plus – moins » dans sa position de vie (voir http://www.analysetransactionnelle.fr/?page_id=52 ou  http://www.capitalrh.fr/Les-positions-de-vie_a160.html ). Ce faisant, il se rend insupportable, invivable pour les personnes qui ne se considèrent pas comme inférieures. Il ne trouve quasiment aucune personne qui accepte de s’allier avec lui,  sachant très bien à quelle sauce elle va être mangée. Par exemple, un parti contacté par Mr Otlet après les élections et à qui Mr Otlet promet X échevins, préfère avoir un échevin de moins et faire majorité avec d’autres que de travailler 6 ans avec X échevins déconsidérés. Evidement il n’y a pas que le nombre de postes qui compte en politique pour décider de faire majorité avec l’un ou l’autre, il y a aussi le programme. Mais même avec un programme proche, sans considération réelle pour l’autre, vous ne faites rien en politique.

    Tout ceci est confirmé par une analyse plus globale de deuix scientifiques : Fanny Wille & Kris Deschouwer dans À PROPOS D' HOMMES ET DE POUVOIR : La formation des coalitions au sein des communes belges. Ils y disent :

    " La formation de coalitions au sein des communes implique des personnes qui tentent de conduire ou de maintenir leur parti au pouvoir. Les oppositions idéologiques jouent en la matière un rôle limité. Il s’agit d’être plus rapide que les autres et de faire à temps les bons choix. Dans de nombreuses communes, un préaccord est déjà conclu longtemps avant les élections; il contient des accords quant à la répartition des mandats. Il arrive également souvent que des partis d’horizons divers s’adressent à l’électeur en constituant une seule liste.

    Les considérations idéologiques jouent un rôle limité mais les relations personnelles n’en sont que plus importantes. La confiance forme le ciment des coalitions locales. Des alliances sont formées sur la base de sympathies ou antipathies personnelles. Les partis nationaux tentent d’imposer du sommet des modèles au sein des coalitions communales mais il s’avère toutefois à chaque fois que le contexte local, les personnes locales et les relations qu’elles entretiennent entre elles prévalent lors du choix d’une coalition."

     

    2° Mr Otlet est tellement persuadé qu’il est le meilleur, qu’il ne se rend plus compte de la réalité : la plupart des employés et des citoyens sont contents de l’administration communale et sont contents de la gestion de la Ville (par la majorité). Il se décrédibilise lui-même. Tant pis pour lui.