colère

  • Une citoyenne furieuse m'écrit : je lui réponds !

    Bonjour XXXXXXXX,

    J'ai bien reçu ta lettre de ce 19 janvier. Elle parle du non-entretien de la rue de YYYYYYYY (et particulièrement le non-déneigement), d'autant qu'il n'y a pas de trottoirs.

    Tu te plains en plus en comparaison avec d'autres endroits (Esplanade).

    Tu ne veux pas que l'aspect coût soit une excuse, car les citoyens payent des impôts. Tu estimes que l'argent est mal dépensé, notamment pour la construction du bâtiment « antenne administrative » que tu trouves affreux et de prestige, « flattant l'égo des édiles ».

    Tu te plains de l'état du chemin venant de ZZZZZZZZ, occasionnant soit boue, soit poussière, et du Chemin de WWWWW.

    Tu me demandes de relayer tes préoccupations et tu dis ne pas être la seule à être furieuse.

    Chère, XXXXXXX, je me permets de te répondre.

    D'abord, j'ai rarement vu des personnes faisant rapidement et avec joie quelque chose pour les autres lorsqu'ils viennent de se faire dénigrer. Car, il faut le reconnaître, ta colère te fais dire que les élus gèrent la Ville en fonction de leurs égos. Il y aurait les bons citoyens d'un côté et les méchants élus de l'autre. Je te dis très clairement et fermement que je ne partage pas cette vision. Nous faisons tous, majorité comme minorité, du mieux que nous pouvons en fonction de nos idéaux et croyances. Quant à l'égo, ce n'est pas, et de loin, l'apanage des décideurs publics : il suffit de voir la vente de grosses voitures pour tous les particuliers pour se rendre compte que chacun essaye, à sa manière, de valoriser son égo. Les groupes et institutions font de même : l'UCL par exemple a construit de beaux et grands bâtiments qui dépassent la seule fonction opérationnelle. Dans nos villes, par le passé, des églises et cathédrales ont été construites et des beffrois ont été érigés pour montrer que les bourgeois étaient aussi puissants que le pouvoir ecclésial. Cela n'a d'ailleurs pas eu que du mal : nous héritons de superbes bâtiments, ce qui fait notre patrimoine. On a donc une tension entre la construction de bâtiments un peu prestigieux  ou de bâtiments les moins chers possibles. Cette tension n'est pas illégitime. La particularité de l'antenne administrative est qu'elle intègre de nouveaux enjeux : le climat. En effet, elle sera « passive », c'est à dire très économe en énergie. Pour ma part, je mets plus l'accent sur la moindre dépense et l'aspect écologique des constructions de la Ville, sans aller jusqu'à l'absence d'ambition architecturale et urbanistique. D'autres élus sont plus sensibles au patrimoine et à l'affirmation (puissante) du caractère public. A chaque électeur de favoriser le courant qu'il juge le plus porteur de l'intérêt général. Mais je le répète, la tension entre les deux pôles n'est pas illégitime.

    Tu as un jugement de valeur sur le caractère beau de l'antenne administrative. Je m'étonne que tu juges si rapidement un bâtiment encore en construction. Je te dis par ailleurs que certains le trouve, au stade actuel, beau. Les goûts et les couleurs... Je reste néanmoins persuadé que le monde serait meilleur si les uns et les autres ne pensaient pas que leurs jugements de valeur étaient des vérités.

    Tu amènes également un beau sujet de réflexion, celui des impôts et de ce à quoi on les utilise. Pour le citoyen, il sait qu'il paye des impôts, et il observe les dépenses publiques. Et il a un avis sur la répartition de dépenses. Comme pour le dossier « Courbevoie », le citoyen pense par exemple qu'il  faudrait mettre moins d'argent dans les parkings et plus dans les bus. Le citoyen ne s'interroge pas trop sur les contraintes légales de la gestion du budget. Pourtant, un élu (communal) ne peut pas tout faire et n'a pas tout le pouvoir. En particulier, quand un citoyen paye ses impôts, il paye une partie pour le pouvoir fédéral (qui gère la sécurité sociale, l'armée et la police, et la SNCB par exemple), une partie à la région (qui gère par exemple les bus) et une partie à la commune (qui gère par exemple les bâtiments communaux, les voiries communales, la propreté, le CPAS...). Ceci explique qu'il est impossible que de l'argent (fédéral) destiné à un parking de la SNCB soit transféré vers les bus (argent régional) ! Pour prendre une comparaison, ce n'est pas parce qu'ils sont de la même famille que le salaire de Pierre peut être géré par son frère Jean. A ceci il faut ajouter qu'on ne peut pas non plus mélanger fonctionnement annuel et investissement. En effet, certaines dépenses doivent être consenties comme des routes, des bâtiments pour les écoles, recevoir des administrés... et il serait de mauvaise politique de ne pas investir et de prendre tout l'argent pour le fonctionnement d'une année. Voilà pourquoi tes critiques sur la dépense d'investissement d'une antenne administrative qui pourra recevoir les administrés près de chez eux ne me parait pas juste et je ne souhaite pas que l'argent nécessaire à l'investissement parte dans une dépense annuelle.

    J'en arrive à ton premier sujet : le déneigement. Sache qu'il y a une équipe de 13 personnes au service travaux qui travaillent, les moments de neige, jours et nuits. Tous les tracteurs et camions disponibles, et les hommes avec des brouettes spéciales pour la dalle de Louvain-la-Neuve, sont sur le pied de guerre. Jour et nuit ! Si la neige commence à tomber à 4 heures du matin, la personne de garde appelle ses collègues et ils se lancent sur les routes. Il est tout simplement impossible de faire, en quelques heures, tout le tour de la Ville (120 km) : les axes les plus stratégiques (notamment la montée vers la clinique) sont faits en premier. Puis les autres grands axes. Puis les plus petits axes. J'ai appris hier que plusieurs rues de la Ville n'étaient pas faites. Les riverains des rues non faites doivent arrêter de croire que seuls eux sont oubliés. Faut-il que les impôts servent à payer plus de camions et plus d'ouvriers pour le déneigement ? Je ne crois pas. En effet, il ne neige que quelques jours par an. On va acheter des camions qui fonctionnent 5 jours par an ?... C'est bien cher pour un faible usage. Si on le fait, alors soit on augmente les impôts, soit on réduit d'autres services (moins de balayage par exemple). Ceci étant dit, après quelques jours où toute la Ville est salée, il doit être envisageable de passer dans les rues moins prioritaires, comme la rue de la Baraque. Je relaye bien volontiers cette demande... tout en disant qu'il est étonnant qu'aujourd'hui, ne pas déneiger est un crime, et que dans les années 50 et avant, le déneigement n'existait pas (et ne polluait pas).

    Note bien que la comparaison avec l'Esplanade et les escaliers de la SNCB n'est pas correcte : l'Esplanade est propriétaire des abords et c'est elle qui paye le déneigement. La SNCB devrait faire de même pour ses escaliers.

    Il en va de même pour le chemin venant du ZZZZZ : c'est un chemin privé sur lequel la Vile n'a rien à dire.

    Quant aux voitures carcasse, la Ville vient de prendre un règlement qui fera que les propriétaires devront payer... Nous ne doutons pas que le nombre de carcasse va diminuer (ce qui n’empêchera pas de réparer soi-même son véhicule et d'avoir temporairement un autre véhicule pour pièce).

    Chère XXXXXXX, j'espère que tu apprécieras le temps que j'ai mis pour répondre à toutes tes demandes. Sache que j'apprécie que tu m'aies écrit, j'adore être en contact avec les citoyens, surtout si ce sont mes voisins. N'hésite pas à m'en parler de vive voix.

    Bien à toi