« Participation » n’est pas un mot miracle

Il semble qu’aujourd’hui, un politicien qui ne dit pas « participation » tous les 3 mots serait mal vu. Et les administrations doivent suivre le rythme.

Mais est-ce toujours heureux ? Dans ma signature d’email, j’ai mis ceci : « Comme politicien, le pouvoir, je ne veux pas le prendre, je veux le rendre. La participation de tous à la prise de décision et à la mise en œuvre, c’est essentiel. » On pourrait donc penser que je suis un participationniste à tout va, et que je vais juste me vanter de l’avoir dit plus tôt que les autres.

Mon avis est plus nuancé. Prenons le cas du pacte énergétique. Je reçois cet email ce 5/11 :

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Ce mail pour vous rappeler qu'il est encore temps de participer à cette enquête, très peu diffusée (et très mal faite par ailleurs), à remplir ici :

http://welisten-economie-fgov-be.limequery.org/814711/lang/fr/newtest/Y

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Il se fait que j’avais reçu le 27/10 un email relativement équivalent.

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La Transition énergétique a besoin de vous !

Arnaud Collignon  •  24 octobre 2017

En 2003, notre pays a décidé de sortir définitivement du nucléaire en 2025. Malheureusement, depuis, les gouvernements qui se sont succédés n’ont pris les dispositions nécessaires au bon déroulement de cette sortie. Cela n’a pas empêché notre système électrique d’entamer sa mutation basée sur les renouvelables et l’efficacité énergétique. La transition est en marche au niveau mondial et n’attendra pas les politiques belges !

Nous pouvons encore sortir du nucléaire en 2025 à condition de prendre aujourd’hui les mesures qui s’imposent.

Il ne s’agit bien évidemment pas de “retourner à la bougie” ou même de risquer des “black out” comme certains voudraient nous le laisser croire...

Un ensemble de solutions existent qui peuvent être mises en place aujourd’hui à condition qu’il y ait une vraie volonté politique ! Et les réacteurs nucléaires sont un frein au développement de ces solutions !

Aujourd’hui, c’est à vous d’agir !

Nos ministres de l’énergie ont lancé un questionnaire en ligne pour demander l’avis des citoyens.
C’est une occasion unique de leur montrer notre volonté d’accélérer la transition énergétique dans notre pays et de sortir du nucléaire en 2025.

Nous vous proposons un modèle-type pour répondre à ce questionnaire. Les propositions d’Inter-Environnement Wallonie figurent à côté des mots "Réponse".
Nous vous encourageons aussi à vous faire votre propre opinion.

Pour vous faire votre opinion

Plus d’infos sur un scénario électrique développé par le bureau d’étude 3E à la demande des ONGs et qui garantit une sortie du nucléaire en Belgique.
Où en est-on avec le développement des énergies renouvelables en Belgique ?
Pour ceux qui veulent aller plus loin, un rapport rendu par Elia, le gestionnaitre de réseau, à la demande de la Ministre Marghem, qui analyse nos besoins en électricité en cas de sortie du nucléaire.

Comment répondre à la consultation ?

La consultation est ouverte jusqu’au 5 novembre 2017. Vous pouvez compléter le formulaire en ligne accessible ici. N’hésitez pas à le diffuser largement parmi vos contacts.

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Reprenons : les ministres fédéral et régionaux veulent « définir ces prochaines années une politique qui vise à une utilisation plus efficace de l’énergie et au développement de la production d’énergie renouvelable. »

Ils ont établi un premier projet qu’ils ont soumis aux associations représentatives de divers intérêts : « C’est pourquoi notre première étape a été de consulter une centaine d’acteurs du monde de l’énergie entre le 3 mai et le 30 juin 2017. Les avis récoltés ont été analysés par nos différentes administrations de l’énergie dans le cadre de CONCERE. Les contributions précieuses tirées de cet exercice ont servi de base à un projet de pacte énergétique. »

Les ministres veulent ensuite « consulter les citoyens afin de parvenir d’ici la fin de cette année à une vision à long terme largement soutenue et inclusive sur laquelle chacun aura pu s’exprimer sur la politique énergétique belge. » (https://www.pacte-energetique2050.be/vers-un-pacte-energetique-interfederal.html )

Et là, que voit-on ? Que des associations se mobilisent (j’applaudis des deux mains) pour qu’un maximum de citoyens en phase avec leurs idées se manifestent. Que pourra-t-on conclure de cette « participation » ? L’état des forces de mobilisation d’associations. Mais en rien l’état de l’opinion belge. Mais que voulaient en fait les ministres et administrations ?

  • Si les administrations voulaient savoir ce que pense les belges, alors elles devaient faire un sondage avec un échantillon représentatif.
  • Si elles voulaient que les citoyens prennent une décision, elles devaient faire une consultation populaire.
  • Si elles voulaient récolter de nouvelles idées, elles devaient faire une consultation publique (ce qui a été fait) MAIS le message devait être clair dès le départ : ce n’est pas la quantité d’argument qui importe, mais la qualité. Peu importe que l’argument ait été cité 1 fois, 10 fois ou 1000 fois, s’il est pertinent, c’est cela qui compte.

J’en reviens à mon sujet : ce genre de « participation » est un cauchemar.

  • En effet, mon expérience de consultation publique (3° plan fédéral de développement durable) avait montré que 95% des idées issues de la consultation publique avaient déjà été données par les associations lors de la pré-consultation. Pourquoi gaspiller tant d’argent et de temps de dépouillement par des fonctionnaires pour avoir 5% en plus ?
  • Et pourquoi dépouiller puisqu’on sait déjà que les résultats ne sont pas représentatifs ? A moins que l’autorité publique ne doive pas être rigoureuse et qu’on trouve normal qu’elle se base sur des résultats non-représentatifs pour prendre des décisions ?

Les administrations et les politiciens vont se discréditer à être si peu rigoureux dans la définition des objectifs de participation et dans le choix des méthodes de participation face aux objectifs poursuivis.

Commentaires

  • Deux petits commentaires: l'un sur la participation, l'autre sur la transition énergétique:
    - Une participation efficace est celle où les données des problèmes sont clairement exposées, et où des solutions sont préparées et chiffrées par des spécialistes, puis proposées à la discussion. Une bonne solution ne s'improvise jamais dans une salle de 60 ou 120 personnes.
    - en matière de transition énergétique: ou bien la belgique a un plan chiffré qui définit clairement la solution énergétique pour demain, et ses variantes possibles. Et dans ce cas, la discussion peut porter dur 2 points:
    Faut-il s'orienter vers telle solution ou vers telle variante?
    Comment se fera la transition entre la situation actuelle et la solution future?
    Mais si la Belgique n'a pas de plan chiffré qui définisse la solution énergétique pour demain, il ne peut y avoir de participation, il n'y a de la place que pour des groupes de pression.

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