Nouvel enjeu politique : l'accès !

Selon Rifkin, nous vivons un changement fondamental, car nous modifions notre conception de la propriété. Avant Internet, nous pensions que la propriété privée était l’enjeu politique fondamental car elle donnait la possibilité au propriétaire d'exclure tous les autres. Comme les autres voulaient ce bien ou ce que le bien produisait, la propriété garantissait un revenu matériel.

 

Cependant, dans une société d'abondance , cette notion perd de son sens : les autres ont les biens qu’ils veulent et le propriétaire n’exclut plus personne… la propriété privée garantit de moins en moins un revenu, et, on le verra plus loin, les humains ont plus besoin d'un réseau et d'interconnexion que de choses. Bien sûr, l’ère de l’abondance nécessite de résoudre les problèmes écologiques comme la réduction de l’empreinte écologique, de la pollution etc.

 

Nos sociétés se sont beaucoup focalisées sur la propriété privée, mais au départ, la notion de propriété privée était contrebalancée de manière ferme par la propriété publique, qui elle est la possibilité de ne pas être exclu de l'accès aux ressources physiques indispensables (l’air, l’eau…) ni de l'accès aux ressources sociales satisfaisantes (l’éducation…). On voit même apparaître un nouveau droit : celui à un revenu immatériel telle le droit à une certaine qualité de vie.

Avant

Maintenant et dans le futur

Avant, pour être propriétaire privé, il fallait travailler : le travail était une marchandise.

Aujourd'hui, dans l’ère d’abondance, le travail humain est de moins en moins nécessaire. On cherche plutôt à vivre une belle vie, et c’est le jeu, l’expérience qui est recherché ! L’expérienciel devient la marchandise !

Avant : la liberté reposait sur l’autonomie, qui reposait sur la possession (exclusive) donnant droit à un revenu. La propriété exclusive était l’enjeu.

Maintenant : les usagers fonctionnent en réseau : ils demandent le droit d'être inclus et d'avoir accès ! L’indépendance n’apporte plus rien, l’interdépendance est la clé, le tout. L’enjeu est de pouvoir avoir accès au réseau.

 

L’enjeu, c’est l’accès. Mais quel accès ? Commercial ou culturel et social (c’est-à-dire l’accès aux idées, aux concepts, à l’éducation, à la création, à l’amitié, la collaboration… qui permettent de se mouvoir à l’aise dans le monde) ?

 

Il y a un combat politique entre la primauté du commerce ou de la culture. Certains estiment qu’un commerce florissant permet la culture. D’autres au contraire estiment qu’une culture florissante permet le commerce. Rifkin dit qu’à n’en pas douter, c’est la culture qui est primordiale : elle crée confiance pour relations commerciales, elle est le matériau de base pour toute création (vendable). Il approfondit ce point en examinant les relations entre humains.

  • Les relations induites par le commerce sont des relations contractuelles de courte durée, utiles, avec un engagement partiel des deux parties, et la primauté de l’intérêt individuel. Le flux émotionnel est factice. 
  • Les relations culturelles ou sociales sont basées sur le long terme, elles incluent les obligations envers les générations passées et futures, elles privilégient l’intérêt du groupe.

Revenons dès lors à l’enjeu de l’accès. Va-t-on se soucier uniquement de l’accès marchand ? ou au contraire va-t-on se focaliser sur l’accès culturel et social qui lui crée confiance et valeurs communes entre les personnes et crée de l’empathie ?

 

Rifkin estime que retrouver un équilibre satisfaisant entre culture et marché sera l’une des tâches politiques majeures des années à venir. Il faudra selon lui accorder autant d'importance aux cultures locales qu'aux marchandises culturelles. Il faudra trouver un nouvel équilibre entre l’expérience augmentée, virtuelle et le réel local fait de connexion et d’empathie avec son voisin et sa voisine par exemple... Il insiste sur l’importance du territoire réel.

 

Qu’est-ce que cela aura comme impact sur la politique ? Il propose de réfléchir aux objectifs suivants :

  • Les jeunes ne peuvent apprendre seulement à vendre leur force de travail sur le marché. Cela fabrique des adultes qui se perçoivent comme des marchandises. Il faut apprendre aux jeunes l’empathie, le sentiment d’appartenance, le bien commun…
  • Cela fait plus de 3 siècles que le contrôle des moyens de production et que la répartition des fruits du travail humain définit « la » question politique. Cette question n’est plus adaptée à notre temps, décidons de changer de question.
  • Décidons de poser une nouvelle question : comment faire grandir la valeur intrinsèque de l’humain (la culture et les relations sociales empathiques et de long terme) face à la valeur d'usage des choses (l’appropriation exclusive par l’humain des choses, l’exclusion des autres et l’utilité des relations)
  • Poilitisons les cultures locales, c’est-à-dire gérer la cité pour que les humains se sentent inclus et veulent inclure les autres dans un territoire à leur échelle.

 

Il ne s'agit pas seulement de garantir l'accès aux ressources et aux réseaux (prix abordables, formation pour tous). Il s’agit aussi de décider comment nous souhaitons réorganiser le monde, comment chacun peut participer au monde, comment nous créons culture et développons notre empathie.

Commentaires

  • Merci !

  • Très intéressant comme analyse mais à force de devoir, il faut...sans un seul ''comment'' la fin ne me donne plus envie de lire le livre... (fin de ton texte)
    constat, action, réalisation, évaluation est devenu une façon de fonctionner,
    au jour le jour, pour avancer dans ce monde chaotique.
    le livre reste au premier niveau ! Bien à toi Régine

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