• Conseil communal du 12 novembre 2013 : mon analyse

    Un compte-rendu détaillé fait par la journaliste de la Ville est ici. Ce qui suit est mon analyse politique.

    Contrairement à beaucoup de commune wallonnes, les élus d’OLLN ont été informés du contenu des plans de 3 ans des intercommunales. C’est heureux car une série des compétences communales ont été transférées aux intercommunales (la gestion des déchets, la création de zonings, l’épuration des eaux…) et ce qui est fait de ces compétences n’est discuté dans aucune instance politique en public. A Ottignies les options sont présentées et les citoyens peuvent donc être informés des options suivies.

    • Pour l’IBW, une décision importante devra être prise quant au mode de collecte des déchets : poubelles pesées ou pas ?
    • SEDILEC va disparaître, au profit d’ORES Assets, les citoyens ne verront pas la différence, ils connaissent déjà ORES.
    • SEDIFIN, le bras financier de l’ancien SEDILEC, va financer ORES Assets. En plus, des marchés groupés seront passés au profit des communes en matière d’assurance, d’achat d’énergie, de téléphonie… J’ai insisté pour qu’un marché groupé de contrôle des dépenses et des consommations d’énergie soit passé.

    La Ville a modifié pour la troisième fois son budget, afin de l’adapter à la réalité (rappel : aucune dépenses ne peut être effectuée par la Ville s’il n’y a pas un budget pour). On peut retenir ceci de la modification budgétaire :

    • la prévision des recettes diminue de 320.000 €, principalement car le niveau fédéral payera en 2013 moins de recette d’impôts (- 350.000 €) ;
    • la prévision des dépenses diminue de 124.000 €, mais elle aurait pu se réduire bien plus si le fédéral toujours n’avait pas fait payer plus pour la cotisation pension (145.000 €) et pour le service Incendie (61.000 €).

    Il y a eu une discussion sur la redevance en matière de déchets. Comme la redevance actuelle de la Ville ne couvre pas tous les coûts de gestion des déchets, la Ville risque d’avoir des pénalités mises par la Région wallonne. Il a donc été décidé d’augmenter le prix des sacs de 1,10 € à 1,25 € ainsi que le forfait qui passera pour un isolé de 35 € à 40 €/an en 2014.

    A 21h40, tous les 40 points proposés par le Collège étaient épuisés, on a alors traité les points proposés par les conseillers. Une heure 10 plus tard on a eu traité les deux points ajoutés ! Un point en 10 minutes concernant la promotion de la sensibilisation aux maladies sexuellement transmissibles (ruban rouge) et un point concernant la relation entre la Ville et la Province. Il était 22h50.

    A huis clos, c'est-à-dire rien qu’entre conseillers, nous avons eu une mise au point intéressante à propos du bulletin communal, en plus de voter des désignations.

    Il était 23h passé quand nous nous sommes quittés.

  • Quand les élèves de Rhéto de Delvaux à Ottignies rencontrent les politiques

    Salle comble dans la salle des fêtes de l'Athénée Paul Delvaux à Ottignies ce 12 novembre 2013. Tous les élèves de 5ème et rhéto de l’implantation des Villas et de l'implantation de Louvain-la-Neuve rassemblés pour poser des questions et écouter les réponses d'un représentant du PS (André Flahaut), du MR (Charles Michel), du CDH (Cédric du Monceau) et d'Ecolo, moi-même en l’occurrence. Il devait bien y avoir 250 élèves, plus leurs professeurs.

    Le décor : nous, les représentants politiques, tout devant, un micro en face de nous. Les élèves bien attentifs face à nous. On entendrait les mouches voler. NB :le récit que j'en fais n'est pas un compte-rendu objectif car je détaille plus mes positions que celles des autres.

    D'entrée de jeu, le professeur d'histoire, Monsieur Belin, qui fait office de modérateur, pose une question : « Quelle est l'idéologie de votre parti, qu'est-ce qui le différencie des autres et qu'est-ce qui a été voté grâce à votre parti ? »

    • Le PS insiste sur la solidarité et sur la sécurité sociale. La conservation de l'Index est une des réalisations phare.
    • Le MR insiste sur la liberté d'entreprendre pour créer de la richesse, ce qui pour lui est la prospérité. Pas de liberté sans sécurité dit-il, ce qui l’amène à la mesure phare : les peines incompressibles pour les faits les plus graves.
    • Comme ECOLO, je pars le l'histoire de l'Île de Pâques : lorsque tous les arbres ont été coupés, les habitants sont devenus très pauvres. Aujourd'hui, on constate que la planète est limitée en ressources et ne peut absorber toutes les pollutions. L'écologie politique est la seule idéologie qui prend la limitation de la planète comme un fait à intégrer dans l’élaboration des politiques. C'est à l'intérieur de l'équilibre des écosystèmes que les humains peuvent vivre leurs relations sociales et à l'intérieur de ces relations sociales que les relations économiques doivent fonctionner. Comme exemple, j’ai cité la tarification progressive, solidaire et familiale : ceux qui consomment plus doivent payer plus.
    • Le CDH reconnaît la finitude de la planète, et insiste sur le développement humain. Il prend l'exemple de la création d'une ville nouvelle : Louvain-la-Neuve.

    Une première question est posée à propos des panneaux photovoltaïques : « Pourquoi ne garde-t-on pas le système du début ? » Charles Michel dit que tous les gouvernements (dans lesquels le MR n'était pas) ont mal géré ce dossier. J'ai reconnu une responsabilité collective – y compris d’Ecolo donc - liée à la bulle des certificats verts : les pouvoirs publics n'ont pas réagi assez vite lorsque les panneaux photovoltaïques ont chuté de prix. Mais investir dans les énergies renouvelables reste une bonne chose, surtout qu'il faut atteindre 13 % d'énergie renouvelable en 2020 (si la Belgique n'y arrive pas, elle sera condamnée), sachant qu'on vient de moins de 2 % dans le début des années 2000 et qu’actuellement on tourne autour de 5%. Cédric du Monceau insiste sur le fait que le nucléaire a reçu bien plus de soutien que ce qu'a reçu le photovoltaïque.

    Une question est posée sur le fait qu'aujourd'hui il sera possible de réussir l'université avec 10/20. Le MR fustige le nivellement par le bas. Le PS est évasif. Je rappelle les faits : si la proposition de réussite a été ramenée de 12 à 10, ce n'est pas pour un souci de facilité, mais parce que c'est la norme en Europe, et que la Wallonie faisait exception ! A l'ère de la mobilité des étudiants, il fallait qu'on se range au standard européen.

    Une question fuse sur l'enseignement qui serait moins bon en Wallonie qu'en Flandre. Le MR redit que si la mixité sociale est une bonne chose, le gouvernement actuel tente de la réaliser en nivelant par le bas. Le PS dit qu'on cherche à améliorer la solution. Le CDH insiste sur la nécessité de requalifier l'enseignement technique. Comme Ecolo, je montre que nous avons en nous des objectifs contradictoires : les parents veulent la meilleure école pour leurs enfants mais une fois dans la place, ils vont se plaindre chez les professeurs que leurs cours sont trop durs (j’évoque alors le cours d'histoire de Monsieur Belin transformé en « Belin light » suite à des commentaires de parents). Est-on prêt à assumer la conséquence de nos actes ?

    Une question sur les relations avec les Flamands est posée. M. Flahaut parle de l'augmentation du sentiment nationaliste. M. Michel parle de la difficulté de gérer la crise et du bon travail des partis pour la réforme institutionnelle. J'insiste sur la nécessité d'une vision globale de la situation : si nous étions Flamands, nous serions sans doute en faveur d'une plus grande autonomie des régions. En effet, chaque région est fière de ce qu'elle est et chaque citoyen cherche à être plus autonome, donc chaque région aussi. Cette attitude est positive. Il se fait que la sécurité sociale en Région wallonne est en partie payée par la Flandre, et donc les wallons comptent sur la solidarité flamande. On peut comprendre que les flamands veulent que nous nous prenions en main. C'est ce que nous devons faire. Dans ces conditions, la relation avec la Flandre restera bonne.

    Une question vient sur « le problème de l’immigration ». Charles Michel bondit pour répondre : le gouvernement, en travaillant plus vite et en étant plus sévère, a réduit le nombre de demandeur d'asile et a réduit les possibilités de regroupement familial. Le MR est également en faveur d'un parcours d'intégration obligatoire. André Flahaut dit qu'effectivement Maggie De Block a bien travaillé et qu'au PS il fait partie de ceux qui pensent que le parcours d'intégration doit être obligatoire. Cédric du Monceau signale que nous faisons partie des pays riches et que nous avons un devoir de coopération au développement. Je pose la question « Quel problème ? ». A l'étudiante, je fais voir les choses autrement en évoquant le nombre de Belges qui partent travailler à l'étranger augmente  - et en lui demandant si c’est à cela qu’elle faisait allusion en évoquant le « problème » de l’immigration ! Elle semble un peu décontenancée par ma remarque.

    Le nombre de Belges vivant à l'étranger a augmenté de 25% en dix ans, de 295.229 à 381.452, ressort-il des derniers chiffres des Affaires étrangères. Cette augmentation est surtout due, selon des spécialistes, à une mondialisation plus poussée de l'économie.

    "Les personnes qui ambitionnent de décrocher une haute fonction doivent aller acquérir de l'expérience à l'étranger", peut-on lire lundi dans Het Laatste Nieuws. La plupart des Belges partent toujours vers un pays voisin, avec la France (113.066) comme destination n°1. Mais les Etats-Unis (22.404), le Canada (13.464), l'Australie (5.169), la Chine (2.811) et les Emirats Arabes Unis (2.342) attirent eux aussi de plus en plus de Belges.

    De nombreux compatriotes ont suivi un amour étranger ou fuient les radars. Mais depuis environ cinq ans, les migrants économiques augmentent fortement, estime Michael Dooms, professeur de Management et stratégie à la VUB. Source : La Libre Belgique, 28/10/2013.

    Et quand les Belges émigrent au Vietnam, en Chine ou au Rwanda, il est rare qu'ils apprennent la langue du pays et adoptent les coutumes locales. Faudrait-il dès lors leur imposer un parcours d'intégration ? L'élève ne voulait pas dire cela ! J'espère lui avoir ouvert l'esprit. J'ai ajouté que notre population vieillissait, et que les migrants étaient des travailleurs qui nous seront bien utiles. Enfin, je lui ai dit que ce serait de toute façon bien difficile de contrer le flux migratoire pendant que l'écart de richesse entre les pays pauvres et riches augmentait. Je ne suis pas prêt à transformer l'Europe en forteresse entourée de barbelés, refusant l’entrée des migrants du Sud tout en continuant à importer leurs matières premières.

    Frappant : l'attention, pendant deux heures, des élèves. Ils me semblaient intéressés. En tout état de cause, ce fut un plaisir pour moi.

  • Le vin de façade de Louvain-la-Neuve millésime 2013...

    A l'occasion de Biovitis 2013, j'ai lancé le concept de "vin de façade", à savoir que dans la commune d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, les habitants font pousser une vigne sur leur façade (sud) ou dans leur jardin, et que je vinifie leurs raisins et leur rends les bouteilles.

    Les vignes que j'ai distribuées donneront dans 3 ans. En attendant, ma vigne à 6 ans, et c'est la 3° année que je fais du vin.

    Voici en photo la vinification du millésime 2013.

    J'ai fait la vendange le 31 octobre (le temps n'a pas été chaud assez, et j'ai donc attendu le plus possible pour avoir des raisins plus murs et avec plus de sucre).

    Les raisins à récolter derrière un filet

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    Une partie de la récolte

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    L'égrappage (afin de ne pas avoir des tanins verts)

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    et la mise en fut pour vinification (on voit la mousse de la levure)

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    J'ai ensuite vinifié séparément le vin de goute (vin issu du jus de raisin sans être pressé mécaniquement) du vin de presse.

    Vinification du vin de goute (15 litres)

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    et pressage du mout le 11 novembre pour le vin de presse (macération carbonique, le vin s'est en parie créé à l'intérieur du raisin). 1° la presse, 2° le raisin à l'intérieur, 3° le pressage,

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    la pulpe qui reste   

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    et la poursuite de la vinification du vin de presse

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    Le 22 novembre, tout était vinifié, il fallait donc mettre en bouteille. Chose faite :

    les bouteilles, nettoyées et séchées,

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                 Le soutirage,   la bouchonneuse, tout est en place, crac dedans.

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    Une petite collerette, et l'étiquette

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    Mais que vaut/goute ce vin ? J'ai eu trop de raisins et pas assez de soleil, ce qui fait qu'il est très dilué (très peu de gout). Il est buvable, à un gout léger de fraise et crème brîlée, mais sans plus. Je ferai mieux l'année prochaine, car j'ai déjà fait mieux !

  • Conseil communal du 12 novembre : l’ordre du jour décrypté

    40 points sont inscrits en séance publique et 9 points à huis clos.

    L’ordre du jour est consultable ici.

    Des 16 points à l’OJ pour le Bourgmestre, il y en a 5 sur les AG des intercommunales. A ce conseil, on doit approuver les plans sur 3 ans de ces intercommunales. Espérons qu’il y en ait une présentation et un débat, même si les carottes sont cuites. En effet, les plans sont envoyés au 27 communes du BW en même temps et une commune ne peut pratiquement plus faire changer le plan. Ceci n’empêche que les citoyens ont le droit de savoir ce que les intercommunales ont prévu de faire !

    Le point 7 concerne une modification budgétaire du budget de la Ville. Essayons d’être clair et concis :

    1. La comptabilité communale n’est vraiment pas un cadeau. Tout ce qui se rapporte à une année n’est pas compté sur cette année. Comme certaines recettes et dépenses de 2012 sont touchées en 2013, elles ne rentrent pas dans le compte 2012 mais dans les bonis des années antérieures. Celui-ci est en positif de 640.000 EUR !
    2. Pour 2013 réellement, le déficit global du budget passe de 695.00 à 878.000 EUR. C’est beaucoup. 354.000 EUR sont expliqué par une baisse des recettes de l’impôt des personnes physiques. Baisse des revenus à OLLN ? Certaines dépenses baissent également.

    Plusieurs points sur la zone de police (Budget, engagements…) et autres points.

    Pour l’urbanisme, il y a 4 points. Aucuns ne me paraissent fondamentaux, ce sont des suivis de décisions antérieures.

    Pour les travaux, les 5 points sont des rénovations.

    Pour les points de David da Camara-Gomes, pointons le prix du sac jaune pour les déchets qui va passer de 1,10 à 1,25 EUR, de façon à ce que tous les frais de gestion des déchets soient couverts (point 29) et la hausse du forfait, pour les mêmes raisons (point 30). Le point 36 va faire débat : le MR va s’opposer au subside pour certaines associations d’œuvres sociales.

    Les points de Benoît Jacob sont également très administratifs.

    Un conseil court ? C’est possible, mais on ne sait jamais à Ottignies-LLN !

  • Petite violence politique ordinaire

    La politique, chacun s’en fait son idée. Beaucoup la conçoivent comme une grande lutte de pouvoir, avec comme instrument pour gagner le « rapport de force » qui se crée avec les élections.

    Si la lutte se déroulait purement ainsi, ce serait à la fois simple et assez courtois : chacun constaterait par exemple que le parti A à 20% et le parti B à 30% et que donc :

    • si A peut accéder à deux postes, B en a alors droit à 3 ;
    • si A gagne 2 dossiers, B a le droit d’en gagner 3 ;
    • et ainsi de suite

    Il n’y a là aucune violence, rien qu’une mathématique bien huilée… Mon expérience est que cette description est assez idyllique ! Laissez-moi vous raconter une histoire dont j’ai été le témoin.

    Nous, déléguées des communes, sommes à une assemblée générale d’une intercommunale de distribution d'un fluide. Rien de bien croustillant à cette assemblée : il est prévu de présenter les rapports de gestion de l’année écoulée. Nous allons les écouter bien gentiment et sans surprise car les rapports sont imprimés. Il est ensuite prévu que nous votions les rémunérations des administrateurs et des commissaires aux comptes. Et enfin, nous allons choisir entre nous les administrateurs et les commissaires aux comptes.

    Je suis assis près d’une personne, appelons-le Gontran, qui provient d’une petite commune flamande. Je l’ai rencontré dans le Collège des commissaires aux comptes. Nous y avons tous les deux été appelés suite aux élections communales de 2012. En effet, des personnes qui étaient commissaires n’ont pas été réélues, et l’intercommunale a fait appel aux suppléants. Nous avons donc siégé de novembre 2012 à juin 2013, et nous avons touché pour cela des jetons de présence qui nous ont rapporté de l’ordre de 1000 EUR. L’ambiance était bonne, et le contenu des réunions était intéressant. Bref, l’envie de continuer était présente.

    Gontran se dit que plutôt que d’être commissaire, il deviendrait plutôt administrateur. Il contacte en séance deux autres délégués issus chacun d’une commune et convient avec eux qu’il votera pour eux en échange de leurs votes pour lui. Les bulletins sont distribués. C’est à ce moment qu’il constate qu’en fait les communes n’ont pas le même poids électoral. Pour des raisons en partie historiques, en partie de taille, certaines communes ont neufs parts alors que sa commune n’en a qu’une ! Concrètement, il reçoit un bulletin, alors que d’autres en reçoivent 9. Sur le bulletin chaque délégué peut cocher 3 noms différents, et pour être élu il faut arriver à 20 voix. Le temps passe vite, Gontran doit remettre son bulletin. Le temps du dépouillement, Gontran constate qu’il a choisi deux autres communes à une voix. Il s’est donc garanti 3 voix… Il constate aussi que deux commues ont chacune 9 voix, et que si elles s’associent à deux, la messe est déjà quasiment dite. Il se tasse sur sa chaise… les votes sont annoncés : il a deux voix. Il se tasse un peu plus : trahison !

    Il reporte ses espoirs sur un poste de commissaire. Mais comment faire ? Toutes les petites communes pourraient ensemble battre les deux grosses, mais pour cela il faut que les 20 communes s’associent et désignent entre elles deux personnes (il y a deux postes), alors que les 20 veulent le poste. Commet se départager ? Comment convaincre ? Que donner en échange ? Est-ce que tout n’a pas déjà été joué à l’avance ? Gontran tente l’un ou l’autre rapprochement, mais sans vigueur. Il est de ceux qui découvrent les règles du jeu en cours de route, et qui comprennent qu’une stratégie simple et basée sur la bonté, la bonne foi et la sympathie risque de ne pas être gagnante. Gontran se tasse une troisième fois. Il remet son bulletin. Le dépouillement est rapide, il a trois voix. Adieu statut, adieu jetons, retour du « simple petit conseiller communal qui n’est que cela. »

    Gontran me dit « c’est quand-même dégueulasse, c’est pourri, je suis dégouté. » Gontran n’avait pas demandé grand-chose par le passé, il avait accédé à un poste sans devoir batailler. Il pensait que tout allait se dérouler ainsi pour la suite. Eh non, Gontran ! Il fallait approfondir les règles du jeu, il fallait mettre au point une stratégie, puis négocier et ce bien avant la tenue de l’assemblée. La négociation aurait pu porter sur le contenu du poste ("je m’engage à défendre tel ou tel point de vue") ou être du donnant-donnant ("je m’engage à n’occuper le poste que pendant 3 ans" / "vous aurez tel autre poste dans une autre institution"…) ou encore porter sur un équilibre politique ("je suis de tel groupe politique et je veille à ce que mon parti donne l’ordre à tous de voter pour moi"). Comme les chances de ne pas aboutir étaient grandes, Gontran aurait pu s’en servir pour montrer son désappointement, pour qu’à l’avenir, certains se sentent en dette vis à vis de lui. Il n’a rien fait de tout cela, et il repart simplement, victime d’un fonctionnement politique ordinaire, ce qui lui apparait comme une violence.

    Je le comprends d’autant mieux, Gontran, que cela m’est arrivé 6 ans plus tôt que lui. Quatre communes wallonnes pouvaient envoyer deux administrateurs et un commissaire. Trois communes s’étaient arrangées pour avoir chacune un poste. Je le découvre en séance. Je râle sec. Je m’en fais une raison et me dis que je ferai mieux la prochaine fois. Je préviens mon parti deux ans avant le renouvellement des postes, pour que ceux-ci tombent dans l’escarcelle des postes à se répartir selon un rapport de force électoral global. Mais voilà qu’après les élections, mon parti n’est pas appelé à négocier, et est mis dans l’opposition. Je contacte alors le gros bras local, avec qui j’avais bien travaillé dans une autre intercommunale en lui disant que refaire le coup serait injuste et que ma commune a droit cette fois à un poste, ou au moins conserver le poste dans l’autre intercommunale. Il me dit « OK ». Le jour de l’assemblée, il vient vers moi et s’excuse en disant qu’il m’avait promis quelque chose qu’il ne savait pas tenir. Je lui montre mon mécontentement. Il me promet que pour l’autre poste, il fera tout son possible. Je l’ai vu faire tout son possible, mais le parti qui aurait dû perdre son poste à mon profit a brandi un décret qui lui donnait le poste de droit. Cette-fois-ci, je ne le vis pas comme une violence, mais comme une situation dans laquelle je n’ai pas pu disposer d’un rapport de force suffisant.

    Gontran a certainement plus mal dormi que moi. C’est regrettable. Comment faire pour que Gontran et tous les autres qui agissent en politique puissent ne pas vivre ces interactions politiques comme des violences ? Je me pose la question.